Revue de presse de l'association


Francophonie sans frontières tisse sa toile à Montréal


C’est le restaurant français Chez Alexandre, situé au centre-ville de Montréal, qui a accueilli jeudi 5 juillet la cinquième soirée de réseautage organisée par Francophonie sans frontières. Cette association internationale, née en janvier 2017 à Montréal, vise à promouvoir la mobilité et l’échange entre les jeunes francophones des quatre coins du monde.

 

Le Chêne et l’Érable. C’est l’intitulé du cycle de rencontres et d’échanges initié en novembre dernier par Francophonie sans frontières pour célébrer l’amitié franco-québécoise. La première rencontre de Montréal, après des soirées du genre à Paris et à Ottawa, a été l’occasion pour le président de ladite association, Benjamin Boutin, de mettre en lumière « des artisans » de la relation franco-québécoise et de la Francophonie.

 

On a une page Facebook , la plus active sur les réseaux sociaux. On a un correspondant à Ottawa qui organise des activités périodiquement, on a une équipe ici à Montréal. Je vous invite à continuer à nous suivre parce qu’il va y avoir d’autres activités à la rentrée.

– Benjamin Boutin, Président Francophonie sans frontières

 

Au nombre des intervenants de marque, le président-directeur général de LOJIQ (Les offices jeunesse internationaux du Québec), a démontré son attachement à la cause francophone. « Parler de francophonie, c’est ce que je fais depuis des ans et des ans et bien sûr de la relation franco-québécoise. L’un ne va pas sans l’autre parce que de plus en plus dans les relations franco-québécoises, on travaille de pair en francophonie et c’est ce que je fais avec LOJIQ actuellement », a souligné Michel Robitaille.

 

Michel Robitaille, PDG LOJIQ. Photo FBI

 

Il s’est appesanti sur les chiffres « assez faramineux » d’un milliard de locuteurs francophones annoncés d’ici quelques années par certains. Pour lui, « c’est un rêve », puisque ces chiffres sont basés sur l’évolution démographique en Afrique. Mais pour y arriver, croit savoir M. Robitaille, il faudrait que tous les Africains parlent français.Il a plaidé pour que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les États et gouvernements membres de la Francophonie appuient l’enseignement du français partout, même dans les pays non francophones où on parle français afin que le français demeure une langue internationale. « Si les non francophones ne l’apprennent pas comme langue seconde ou troisième langue, on n’arrivera pas à atteindre nos objectifs », a prévenu le PDG de LOJIQ, un organisme québécois appuyant les jeunes adultes québécois dans la réalisation de leurs projets à l’international.

 

Parler de Francophonie, pour moi, a une saveur toute particulière en tant que sénégalo-canadien au Québec depuis presque 10 ans. J’ai la francophonie comme culture, c’est l’expression qui avait été utilisée par Léopold Sédar Senghor en 1966 à l’Université Laval lors d’une conférence.

– Ismaël Coulibaly, Avocat et Directeur Partenariats stratégiques REPAF

 

Ismaël Coulibaly, Directeur, Partenariats stratégiques REPAF. Photo FBI

 

Abondant dans le même sens, Ismaël Coulibaly, Directeur pour les partenariats stratégiques du Réseau des entrepreneurs et professionnels africains (REPAF) a mentionné qu’on ne peut pas parler de Francophonie sans parler d’Afrique. Considérant le poids que représente les Africains dans l’immigration au Canada [2ème devant l’Europe], M. Coulibaly a expliqué le bien-fondé du REPAF, qui « cherche à mettre en avant les personnes d’origines africaines (entrepreneurs, gens d’affaires, étudiants), les accompagner et favoriser leur rayonnement dans toutes les sphères d’activités ».

 

Nous écrivons, nous faisons de l’audio, de la vidéo et du data. Nous donnons un espace aux jeunes journalistes, en essayant d’être le maillon entre l’université (qui apprend plein de choses) et le média professionnel qui embauche des journalistes (pas sur un CV) surtout sur ce qu’ils savent faire.

– Nathalie Simon-Clerc, Rédactrice en chef de L’Outarde Libérée

 

Il faut dire que cette rencontre a permis de mettre en lumière un journal qui s’est spécialisé dans le traitement des actualités franco-québécoises. Il s’agit du web-magazine L’Outarde Libérée dirigé par la Française Nathalie Simon-Clerc, établie à Montréal depuis quelques années. « (..) Il y a une belle relation franco-québécoise, il y a des gens qui traversent l’atlantique dans les deux sens, il y énormément d’échanges (économiques, culturelles, scientifiques etc.) et personne n’en parle. On s’est donné la mission de faire des reportages sur tous ces aspects, de manière professionnelle, neutre et indépendante. (..) Après cinq ans, nous avons aujourd’hui 10 000 visiteurs uniques par mois et un million et demi de pages vues depuis la création du journal », a confié Mme Simon-Clerc, la rédactrice en chef de L’Outarde Libérée.

 


Francophonie: « Le Chêne et l’Érable » s’invite à Montréal


 

 

Après Paris et Ottawa, au tour de la métropole québécoise d’accueillir la soirée de réseautage franco-canadienne, qui en est à sa cinquième édition.

Par Sandrine Bourque, journaliste

Depuis son lancement en novembre dernier, « Le Chêne et l’Érable », fondé par Benjamin Boutin, n’en finit plus d’étendre ses racines. Créé par Francophonie sans frontières, une association de promotion de la mobilité francophone née à Montréal en janvier 2017, le cycle d’échanges propose des soirées de réseautage afin de renforcer l’amitié franco-canadienne. Le plus récent rendez-vous, le premier en sol québécois, avait lieu jeudi le 5 juillet Chez Alexandre, un restaurant aux allures de brasserie parisienne, situé sur la rue Peel, au centre-ville de Montréal.

Bâtir une francophonie multilatérale

Pour cette cinquième édition, Francophonie sans frontières a visé haut. Huit invités d’envergure, représentants d’associations, élus et entrepreneurs, ont pris la parole au cours de la soirée, qui a réuni près d’une cinquantaine de participants. Tous ont plaidé pour le développement de la coopération franco-québécoise. « En matière d’entrepreneuriat, tout reste à construire entre le Québec et la France », a ainsi soutenu Dominique Lebel, administrateur de la Chambre de Commerce française au Canada. « Il y a une véritable richesse dans la francophonie, nous devons l’exploiter », a-t-il ajouté.

Loin de se limiter à la relation – certes privilégiée – entre Français et Québécois, les intervenants ont rappelé l’importance de favoriser les échanges au sein de la francophonie. Les locuteurs de la langue de Molière seront plus d’un milliard en 2060, a souligné Michel Robitaille, directeur des Offices Jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ). Les opportunités sont donc bien réelles. « Dans cette vaste communauté, chacun doit pouvoir apprendre de l’autre, a fait valoir Dorothy Alexandre, entrepreneure en communication et présidente du Conseil des montréalaises. La francophonie doit être multilatérale. »

Le Chêne, l’Érable… et le Baobab 

Un constat partagé par Ismaël Coulibaly, avocat et directeur des partenariats stratégiques au Réseau des entrepreneurs et professionnels africains (REPAF), qui n’a pas manqué de souligner le rôle central que sera appelée à jouer l’Afrique dans le développement de la francophonie. « Je sais que nous sommes dans une soirée « Le Chêne et l’Érable », mais je voudrais bien y inviter le baobab », a-t-il lancé, le sourire aux lèvres. Un projet déjà dans les cartons, assure Benjamin Boutin, président de Francophonie sans frontières, qui a précisé  à l’issue de la soirée qu’un groupe de réflexion sur l’Afrique francophone sera mis sur pied à la rentrée.

Côté québécois, des soirées thématiques sont également à prévoir cet automne : « Lors de nos prochains événements, nous souhaitons axer nos interventions sur des domaines où la coopération franco-canadienne est en plein essor, par exemple l’économie ou l’entrepreneuriat », explique Romain Brière, co-responsable du pôle France-Québec au sein du groupe. Gageons que Le Chêne et l’Érable, qui reprend ses activités en septembre, a donc encore de beaux jours devant lui.

 


Le Chêne et l'Érable" renforce le lien franco-canadien


Ces événements de réseautage visent à entretenir et développer l'amitié franco-canadienne chez les jeunes.

 

C'est à Montréal, en janvier 2017, que l'idée prend racine. Expatrié dans la Belle-Province depuis 2014 dans le cadre de ses études, le Français Benjamin Boutin, qui jongle alors entre plusieurs engagements dans le milieu associatif, met sur pied l'ONG Francophonie sans frontières avec trois collègues. Leur objectif ? Promouvoir la mobilité et l'échange entre les jeunes francophones, qu'ils soient issus des Amériques, d'Europe, d'Asie ou d'Afrique. Avec une philosophie : nourrir un dialogue des cultures à travers le partage d'un précieux héritage commun, celui de la langue de Molière.  

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Tisser des liens entre les communautés

Après avoir imaginé en mars 2017 un projet pilote "Jeunes experts internationaux de la francophonie " sur la plateforme de financement participatif Ulule, le petit groupe se lance dans une toute autre aventure : "le Chêne et l'Érable", un cycle d'échanges proposant conférences et soirées de réseautage autour du thème de la mobilité franco-canadienne. L'initiative était déjà dans les cartons depuis les débuts de Francophonie sans frontières, explique Benjamin Boutin, son président : "Comme l'équipe de l'association était composée en majorité de Français et de Québécois, et qu'un grand nombre d'entre nous avait pris part à des expériences de mobilité dans l'un ou l'autre des deux pays, c'était tout naturel pour nous de chercher à renforcer les liens qui existent entre nos sociétés. Notre moteur, c'est vraiment l'amitié franco-canadienne." 

Le logo des soirées "Le Chêne et l'Érable"

Le logo des soirées "Le Chêne et l'Érable"

SDP

Ainsi est né à l'automne 2017 Le Chêne et l'érable. La conférence inaugurale, organisée le 22 novembre 2017, a rassemblé de nombreux participants, notamment des représentants de la Délégation générale du Québec à Paris (DGQP), qui suit désormais de près les activités de Francophonie sans frontières. Depuis le projet a fait son chemin. Quatre soirées de réseautage ont eu lieu à Ottawa et à Paris. La dernière en date, le 31 mai dans un bistrot du 6e arrondissement de la capitale française, a fait mouche : des dizaines de jeunes Français et Québécois s'y sont retrouvés autour d'un verre en présence du président de la Fédération France-Québec et d'une délégation du Comité d'action politique franco-québécois.  

Se développer en régions

Grâce à son imposant réseau, la jeune association a réussi à s'imposer comme nouvel acteur de taille dans le monde de la francophonie. Elle sera présente lors de la Fête nationale du Québec organisée le 22 juin rue Pergolèse dans le 16e arrondissement de Paris, par la DGQP. Une grande conférence est également prévue en octobre prochain en partenariat avec Sciences Po Paris : "Nous aborderons le thème de l'égalité hommes/femmes, précise Benjamin Boutin. Nous souhaitons engager une réflexion sur les moyens pour que les femmes accèdent aux plus hautes responsabilités en politique et dans l'administration." Le prochain objectif du groupe est aussi d'exporter Le Chêne et l'Érable en régions grâce à des évènements en préparation à Aix-en-Provence, Rouen ou encore Bordeaux. 

Outre-Atlantique, les activités vont se poursuivre à partir de septembre, "tant au Québec qu'en Ontario", confirme pour sa part William Grenier-Chalifoux, co-responsable du pôle Québec et Canada francophone de l'association. "Nous souhaitons aussi organiser des évènements en régions, et pas seulement à Montréal ou Ottawa." D'ici là, le prochain rendez-vous aura lieu à Montréal, le 5 juillet, pour une soirée réseautage chez Alexandre, un bar du centre-ville de la métropole québécoise. Une chose est sûre : avec le Chêne et l'Érable, l'amitié franco-canadienne n'a pas fini d'étendre ses racines. 

Pour suivre les activités du cycle d'échange Le Chêne et l'Érable, c'est ici.  

 


le président de francophonie sans frontières invité de tv5MONDE

Emmanuel Macron a annoncé une trentaine de mesures de mesures pour "apprendre", "communiquer" et "créer", en français. Priorité à l'éducation en Afrique francophone mais aussi en Europe et dans les grands pays émergents.



Louise Beaudoin veut redonner aux jeunes Québécois « le goût de la France »

crédit photo: Archives l’Outarde Libérée
crédit photo: Archives l’Outarde Libérée

Plus de visas pour les immigrants français au Québec et plus d’étudiants québécois en France, souhaite Louise Beaudoin. En conférence à Paris le 22 novembre, à l’invitation de l’association Francophonie sans frontières, l’ancienne ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie a désigné les jeunes comme étant porteurs de l’avenir des relations franco-québécoises. 

Par Leïla Jolin-Dahel, journaliste et blogueuse
www.sixheuresplustard.com

« Il y a deux générations qui l’ont prise en main, cette relation France-Québec : celle de la Révolution tranquille et la mienne. Ce qu’on avait à faire, on l’a fait. Moi, je crois que ce qu’il reste à faire, c’est justement la nouvelle génération qui doit l’accomplir, par rapport au numérique, à l’environnement, sur des aspects qui les intéressent, qui sont des thèmes de l’ère du temps », a expliqué Mme Beaudoin, en entrevue à L’Outarde libérée.

Louise Beaudoin s’est réjouie de voir plusieurs jeunes, tant québécois que français, présents à la conférence. Elle n’a pas manqué de rappeler ses folles années d’étudiante à Paris en 1968, alors qu’elle prenait part à toutes les manifestations. Une scène ironique, puisque devant elle, se trouvait assise Line Beauchamp. Aujourd’hui déléguée générale du Québec à Paris, Mme Beauchamp avait été au cœur des grèves du Printemps érable en occupant le poste de ministre de l’Éducation en 2012.

« Il faut que les jeunes Québécois retrouvent le goût de la France et le chemin de la France », a-t-elle martelé, en suggérant l’octroi de bourses aux étudiants québécois afin qu’ils puissent venir en plus grand nombre à Paris.

Mais qu’est-ce qui explique ce désintérêt des Québécois pour les universités françaises ? Louise Beaudoin est demeurée perplexe face à cette question. « Je n’ai pas vraiment de réponse, a-t-elle concédé. Je pense que la France n’a pas été très attractive durant un long moment ».

Elle suggère toutefois des partenariats entre les grandes écoles françaises et les universités québécoises. « On pourrait faire des ententes de Polytechnique à Polytechnique, par exemple, au encore avec le HEC », a-t-elle suggéré, après été questionnée au sujet du manque d’attrait des universités françaises au profit des grandes écoles.

Parler français, une priorité

Louise Beaudoin n’a pas manqué d’écorcher le président français Emmanuel Macron, qu’elle a accusé de ne pas se préoccuper suffisamment de l’avenir de la langue française. « Je pense que c’est un problème. Il n’apparaît pas préoccupé par l’avenir de la langue française car il parle anglais dès qu’il le peut. Il ne donne pas le bon exemple », a-t-elle déclaré durant la conférence, en ajoutant plus tard qu’elle trouvait cela « enfantin » et « ridicule ». 

L’ancienne ministre a toutefois concédé que le fait d’avoir élu un jeune président permettra peut-être à la France de devenir plus attrayante auprès des jeunes Québécois.  Mais, selon elle, «il faut qu’il y ait une volonté politique, qu’il y ait des actions concertées. Par exemples, pour les étudiants, qu’on leur facilite la venue ici par des bourses. Le coût du logement est prohibitif ici. Tout le monde le sait, vivre à Paris, c’est cher », a-t-elle expliqué.

Selon elle, le taux de chômage important en France ne devrait pas décourager les jeunes Québécois d’étudier en France « Tu peux venir étudier, mais tu n’es pas obligé de rester ici. C’est vrai que cela peut jouer en la défaveur de la France alors que le Québec connaît une situation inverse », a-t-elle expliqué en arguant que « la machine économique est repartie » en Hexagone.

Elle a d’ailleurs suggéré une augmentation du nombre de visas pour les Français désireux de s’installer au Québec, ainsi que des procédures d’immigration facilitées.

« Je crois que l’immigration française pour le Québec, c’est un gros bénéfice. D’abord, ils parlent français. Ensuite, ils deviennent des Français de bonne humeur une fois qu’ils débarquent chez nous. Je crois vraiment que l’immigration en provenance de la France », a-t-elle avancé.

 


Paris-Montréal: Francophonie sans frontières, favoriser la mobilité et les échanges

crédit photo: gracieuseté – Benjamin Boutin et Marie-Astrid Berry, fondateurs de Francophonie sans frontières
crédit photo: gracieuseté – Benjamin Boutin et Marie-Astrid Berry, fondateurs de Francophonie sans frontières

La semaine dernière, Benjamin Boutin a lancé Francophonies sans frontières, une association qui a pour mission de favoriser la mobilité, les échanges et le co-développement au sein de la francophonie. Le jeune Président avait invité Louise Beaudoin, ancienne ministre québécoise des relations internationales et de la francophonie, au cercle France-Amériques au cœur de la capitale française, pour une conférence sur les enjeux pour l’avenir de la francophonie et la relève dans les relations franco-québécoises. L’ancien Québécois, aujourd’hui Parisien, s’est confié à notre micro.

Entrevue recueillie par Romain Lambic, à Paris

L’Outarde Libérée: Pouvez-vous me parler de votre parcours, de votre relation avec le Québec ?

Benjamin Boutin: Je suis allé plusieurs fois au Québec en tant que touriste, puis en 2014, j’ai eu l’opportunité d’effectuer une mission à l’Assemblée nationale du Québec, grâce au Comité d’action politique franco-québécois. Cet organisme permet à des jeunes gens qui sont impliqués politiquement de mieux connaître le système parlementaire québécois.

J’ai ensuite intégré L’ENAP, l’École nationale d’administration publique basée à Québec, où j’ai été élu étudiant en parallèle de ma maîtrise, ce qui m’a permis de m’insérer dans le tissu social Québécois. Là-bas, les élus étudiants ont plus de moyens, cela m’a permis notamment d’organiser un premier colloque sur l’avenir de la francophonie en 2016, ainsi qu’un forum sur l’économie sociale. J’ai également organisé, pour les étudiants en maîtrise et en doctorat, un voyage d’études à New-York, à l’ONU et auprès des institutions internationales. Mon rapport avec le Québec s’est enrichi par une mission à Radio-Canada où j’ai pu travailler auprès d’Anne-Marie Dussault et de Gérald Filion, dans des émissions d’affaires publiques et d’économie. J’ai ensuite notamment collaboré avec le forum économique des Amériques.

L’OL: Quelle relation entretient le Québec avec les jeunes ?

BB: Je trouve que le Québec donne une grande place et des moyens à sa jeunesse. Je connais par exemple Catherine Fournier, une jeune femme politique qui a été élue à l’Assemblée nationale du Québec à seulement 24 ans. Cela peut être une source d’inspiration pour la France, pour donner des moyens à la jeunesse, de faire participer des jeunes à des conseils d’administration, faire en sorte que les associations étudiantes aient davantage d’outils et de moyens pour animer la vie universitaire.

Cela m’a amené à nouer des relations avec des jeunes qui s’intéressent à la relation France-Québec et qui en seront demain, je pense, les chefs de file, dans tous les pans de la société ainsi que dans les partis politiques. L’idée de cette conférence sur les relations franco-québécoises était de faire venir ces jeunes-là, de les sensibiliser avec une cheville ouvrière de cette relation qu’est Louise Beaudoin, qui a œuvré avec beaucoup d’ardeur et de passion pour cette relation, de leur donner la motivation et les clés pour poursuivre l’avenir de ces relations.

L’OL: Quelle image ont les jeunes Québécois de la France ?

BB: Il y avait auparavant une génération qui ne jurait que par la France, notamment pour faire ses études. D’anciens premiers ministres québécois ont quasiment tous fait leurs études en France, à Paris, à Sciences-po, à la Sorbonne. Louise Beaudoin était elle-même là en mai 1968. Mais aujourd’hui, nous constatons que les Québécois regardent la France pour leurs études comme tout autre pays lambda. La mondialisation a ouvert de grands espaces et de grands marchés, nous le voyons notamment avec les BRICS. Il y a forcément un intérêt pour ces pays-là et il le faut.

Nous pensons aussi que cette perte d’intérêt est due à une considération matérielle, car étudier en France, ça peut être coûteux notamment à Paris. Un peu moins en région, dans lesquelles il y a de très bonnes universités de très bons instituts, on encourage par ailleurs les Québécois à aller à Lyon, à Grenoble, à Aix-en-Provence, à Bordeaux ou à Toulouse. C’est vrai qu’à Paris, le coût du logement est un frein pour leur venue en France, nous constatons aussi qu’il y a très peu de bourses pour les jeunes Québécois. C’est pour cela qu’il faudrait que la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui est le bras armé de l’état québécois, puisse investir dans des appartements, dans des immeubles en France qui seraient mis ensuite à disposition des étudiants québécois. Cela pourrait aider à augmenter leur nombre en France, de les faire passer de 1000 actuellement à 2000, 3000 ou 4000 étudiants. Nous avons des progrès à faire et nous avons des propositions à mettre sur la table. Ces bâtiments pourraient par exemple être situés dans les cités universitaires comme c’est le cas actuellement à la Cité internationale. C’est une question de volonté politique, s’il n’y a pas cette volonté rien ne se fera. Néanmoins, nous considérons que nous avons une relation spéciale avec le Québec et qu’il faut réaliser ce genre d’action pour que les jeunes Québécois continuent de s’intéresser à la France, leur accorder plus de facilité à venir étudier ici. L’intervention de Louise Beaudoin était également un appel aux jeunes Français pour retrouver le dynamisme, l’attractivité que peut avoir la France par sa culture, par sa langue et son économie.

L’OL: Comment renforcer un peu plus la relation entre Français et Québécois ?

BB: Avec Francophonie sans frontières et notre vice-présidente, Marie-Astrid Berry, nous avons décidé de mettre en place une initiative qui est un cycle d’échanges et de rencontres, qui s’appelle Le chêne et l’érable, pour permettre à des jeunes Français et à des Québécois présents en France (aussi bien à Paris, qu’à Grenoble, à Lyon ou à Bordeaux) de se rencontrer. Nous avons fait le constat qu’il manquait des lieux de rencontre de ce genre. L’objectif et d’organiser des soirées de réseautage pour mieux appréhender nos réalités communes et la réalité des autres.

Je note que depuis mon retour en France, nous nous contentons un peu de l’écume d’une connaissance lacunaire du Québec. Je remarque et je déplore que dans les écoles et les universités, l’offre de cours sur l'ensemble sous-continental du Canada, sur la francophonie des Amériques et sur cette histoire que nous partageons avec les Québécois soit très peu enseignée. Il faut changer cela. C’est aussi la raison pour laquelle avec Francophonie sans frontières, nous allons démarcher des universités pour leur proposer des cours sur le Québec et sur la francophonie. C’est très important d’éduquer les jeunes Français à ces réalités qui font partie du monde. La francophonie fait partie de notre paysage, on ne peut pas l’évacuer comme ça.

L’OL: Pouvez-vous m’en dire plus sur Francophonie sans frontières et sur Le chêne et l’érable ?

BB: Francophonie sans frontières est une nouvelle organisation, dont le siège est à Paris et qui a une équipe à Montréal. C’est une association à visée internationale qui s’est donnée pour mission de favoriser la mobilité, les échanges et le co-développement au sein de la francophonie. Il y a un pôle dédié à la relation France-Québec et c’est à l’occasion de cette conférence que le cycle d’échange Le chêne et l’érable s’inscrit.

Avec cette association, nous allons nous appuyer sur la librairie du Québec à Paris, sur un certain nombre de lieux conviviaux que fréquente la communauté québécoise au sein de la capitale. Nous faisons un peu l’inventaire de ce qui existe et nous allons y organiser des rencontres entre Français et Québécois. Nous espérons attirer essentiellement des jeunes pour lancer une dynamique. Ces rencontres vont se tenir notamment grâce à William Grenier-Chalifoux, qui est actuellement expert à l’Unesco, mais aussi avec d’autres français et québécois sous l’égide de Francophonie sans frontières. Il y aura aussi de temps en temps des conférences avec des personnalités québécoises ou françaises. Louise Beaudoin a en quelque sorte inauguré ce cycle du chêne et de l’érable à l’occasion de cette conférence.


Renouer le lien avec la France

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Ce n’est pas une préoccupation nouvelle. L’ancienne ministre des Relations internationales du Québec n’a jamais caché qu’elle ne voyait pas beaucoup de relève dans les relations franco-québécoises dont elle a été le champion toutes catégories depuis plus de 40 ans.

 

C’est de cette inquiétude profonde qu’elle s’est entretenue mercredi soir avec une trentaine de jeunes Français et Québécois à l’Association France-Amérique. Dans le somptueux hôtel particulier Le Marois, à deux pas de l’Élysée, l’ex-ministre en a profité pour proposer de ramener plus d’étudiants québécois en France grâce, notamment, à la création d’un programme de bourses.

 

« J’ai voulu m’adresser aux jeunes, dit l’ancienne ministre du Parti québécois, parce que c’est à leur tour de prendre la relève. »

 

Or, constate-t-elle, « la France ne fait plus rêver [les Québécois], elle n’est plus enviée. La France n’est pas devenue pour autant une terre étrangère, mais un pays à découvrir comme un autre. »

 

Louise Beaudoin déplore aussi que, si nos artistes sont toujours nombreux à débarquer en France, les Québécois, eux, s’intéressent de moins en moins à la chanson, à l’art, au cinéma… et aux universités françaises.

 

Un programme de bourses

 

Pour y remédier, celle qui fut aussi déléguée générale du Québec à Paris propose la création d’un programme de bourses qui permettrait de ramener plus d’étudiants québécois en France.

 

Si le Québec accueille 15 000 étudiants français chaque année, on recense à peine 1000 étudiants québécois dans l’Hexagone, la plupart pour de courts séjours. Or, dit-elle, « dans les bonnes années, il y en a déjà eu 5000 » ! La France demeure pourtant une des principales destinations des étudiants étrangers après les États-Unis et le Royaume-Uni. Paris se classe aussi parmi les villes étudiantes les plus accueillantes du monde.

 

Le constat n’est pas nouveau. En 2002, la ministre des Relations internationales du Québec avait lancé un appel commun avec le ministre français de l’Éducation d’alors, Jack Lang, afin qu’on trouve les moyens d’augmenter le nombre d’étudiants québécois en France. Or, constate-t-elle, « il ne s’est rien passé depuis ».

 

Selon Louise Beaudoin, il faut d’abord « une volonté politique commune pour changer le regard des jeunes Québécois sur la France ».

 

Pour cela, elle propose de mettre sur pied un programme de bourses destiné aux « jeunes leaders » comme il en existe un aux États-Unis. Il faudra ensuite, dit-elle, lever certains obstacles, comme le coût prohibitif du logement à Paris.

 

Selon l’ancienne ministre, la Caisse de dépôt et placement du Québec pourrait jouer un rôle afin d’offrir un logement abordable aux étudiants québécois qui souhaitent étudier à Paris.

 

Un groupe franco-québécois sur le numérique

 

« Le nouveau président Macron et les élites de la mondialisation heureuse qui l’entourent ne semblent pas s’intéresser au Québec ni particulièrement préoccupés par l’avenir de la langue française », a déploré l’ancienne ministre dans sa conférence. Pourtant, dit-elle, le Québec aurait intérêt à se rapprocher de la France pour défendre la place de la culture en français dans le domaine des industries numériques.

 

Car, dans ce domaine, la France est exemplaire, alors que « le Canada a baissé les bras devant les géants américains », dit-elle. L’ancienne ministre propose la création d’un groupe de travail franco-québécois sur le numérique. C’est une initiative semblable qui avait mené en 2003 à l’adoption par l’UNESCO de la Convention sur la diversité des expressions culturelles.

 

Un tel groupe pourrait ensuite se tourner vers l’Organisation internationale de la Francophonie afin que celle-ci retrouve enfin, dit-elle, « le coeur de sa raison d’être ».